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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 00:36

De par leurs caractéristiques migratoires, les Bamiléké n�ont cessé d�être accompagnés dans leurs déplacements à l�intérieur du pays par une réputation d�envahisseurs, et c�est sans s�étonner que dans le contexte électoral, le problème de la gestion des communes par des maires élus, devait soulever la problématique de maires �autochtones�.

 

S�inscrit dans ce sens le soupçon d�un natif Béti, peu avant les consultations municipales du 21 janvier à propos de la gestion des communes : �La commune doit être administrée par les populations locales. Il y a fort à craindre que les Ewondo et les Douala soient écartés des municipalités urbaines puisque les Bamiléké risquent de remporter tous les sièges avec leur parti, le SDF, qui a le vent en poupe (....) ; des conflits fusent par ailleurs de toutes parts entre les �autochtones� et les Bamiléké à propos de la dispute des terres (....); il faut une loi qui garantit la propriété coutumière. L�État a intérêt à fixer les populations sur leur terre sacrée qui doit être conservée jalousement (...). Il est fréquent de constater que les fils Ewondos ou Douala qui reviennent d�un long séjour à l�étranger revendiquent leurs terres trouvées entre les mains des accapareurs Bamiléké. C�est un phénomène social porteur de germes de luttes sanglantes (...) la régulation des rapports sociaux doit inciter les pouvoirs publics à mener une réflexion sur le régime foncier en vigueur dans notre pays pour que chaque Camerounais garde la terre de ses ancêtres�(16) Cette opinion préfigurait la controverse qui devait prendre corps jusque dans la constitution au sujet des droits des populations �autochtones�.

 

Alors que jusque-là les concepts d� �autochtonie� et par ricochet celui d� �allogénie� ne sortaient pas du cadre de la simple culture populaire, la nouvelle constitution du 18 janvier 1996 s�est en effet caractérisée par une innovation véritablement originale, consistant dans leur constitutionalisation : � L�État assure la protection des minorités et préserve les droits des populations �autochtones� �. Cette nouvelle disposition s�est avérée presque en déphasage avec les dispositions du préambule de l�ancienne constitution, qui stipule : �Le peuple Camerounais, fier de sa diversité linguistique et culturelle, profondément conscient de la nécessité impérieuse de parfaire son unité, proclame solennellement une seule et même nation, engagée dans le même destin et affirme sa volonté inébranlable de construire la patrie camerounaise sur la base de l�idéal de fraternité, de justice et de progrès (...). Tout homme a le droit de se fixer en tout lieu et se déplacer librement (...). Nul ne peut être inquiété en raison de ses origines �.

 

Au vu de ce paradoxe dans les textes, on comprend que beaucoup y aient perçu une disposition hostile à une certaine majorité démographique Bamiléké et en faveur d�autres minorités ethniques. Comme on pouvait s�y attendre, cette constitutionnalisation de l��autochtonie � a, à la faveur des consultations municipales du 21 janvier 1996, donné lieu à bien de revendications d�affirmative action. Notamment à Douala où l�antagonisme Bamiléké-Sawa a poussé comme un champignon et en est venu à avoir pignon sur rue. Certes, les Bamiléké sont considérés comme le groupe ethnique majoritaire à Douala, un véritable compendium ethnique, une ville de grande promiscuité ethnique où les Bamiléké comptent 70 % de la population, selon Georges Courade.(17) Cependant, le passage électoral automatique de la majorité démographique à la majorité politique ne s�est pas fait sans accrocs.

 

A l�issue de ces élections, des natifs Bamiléké, fortement représentés dans le SDF (Social Démocratique Front), parti de l�opposition radicale également fortement implanté à Douala, ont été élus maires de 4 communes sur les 5 que compte Douala, contre un maire natif Sawa. C�est pour protester contre une � sous représentation �des �autochtones � dans ce qu�ils ont appelé � leur terroir � que les chefs Sawa programmeront plusieurs marches de protestation dans les rues de Douala, contre � l�hégémonie Bamiléké �, exigeant au nom du droit des minorités et des �autochtones � que les natifs soient équitablement représentés à la tête des communes.

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Published by enricpatrick - dans article en français
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