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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 23:59

Une opinion publique agitée, apeurée et traumatisée découvre une littérature de haine cultivée et systématisée. Mais avant de mesurer les enjeux politiques, idéologiques, éthiques et philosophiques de cette littérature de haine dont Monsieur Amadou Ali, Vice-Premier Ministre, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux constitue la figure actuelle, il faut penser la genèse historique du problème bamiléké dans le champ politique camerounais. Il s’agit de retrouver le dogme qui institue ce problème et le texte fondateur qui l’accompagne. Ce texte est celui du Colonel français Jean Lamberton publié dansla Revue Défense Nationale en Mars 1960. Mais qui est le Colonel Jean Lamberton ? C’est un des acteurs de la guerre que l’Etat français et le nouvel Etat camerounais indépendant menèrent en pays bassa et en pays bamiléké.  Un monumental ouvrage vient d’être consacré à cette tragédie historique vécue par notre peuple. Il s’intitule : KAMERUN ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique , 1948-1971 publié aux éditions La Découverte Paris 2011. La lecture de ce livre pose à l’esprit philosophe la question de crime de guerre et de crime contre l’humanité commis par l’armée franco-camerounaise contre le peuple bassa et le peuple bamiléké. Le débat est donc ouvert sur cette grave question.

 

 

 Revenons au texte fondateur du problème Bamiléké. Ce texte s’ordonne autour d’une série de thèses dont les enjeux politiques, idéologiques, éthiques, religieux sont immenses.

 

THESE 1 :    

« Le Cameroun s’engage sur le chemin de l’indépendance avec, dans sa chaussure, un caillou bien gênant. Ce caillou c’est la présence d’une minorité ethnique : les Bamiléké, en proie à des convulsions dont l’origine ni les causes ne sont claires pour personne.

Notre connaissance des Bamiléké reste superficielle faute d’un Griaule ou d’un Richard Mollard capable de nous expliquer leurs problèmes qui se dressent sur de nombreux plans : démographique et social, national et international. De là de graves difficultés, non seulement pour les résoudre mais simplement pour les poser correctement. Dans leur contexte, africain camerounais, une logique commune d’homme blanc ne les discerne qu’au travers d’une optique déformante, l’avenir du Cameroun sera pourtant déterminé par leur solution.

Sans doute le Cameroun est-il désormais libre de suivre une politique à sa guise et les problèmes bamiléké sont du ressort de son gouvernement. Mais la France ne saurait s’en désintéresser : ne s’est-elle pas engagée à guider les premiers pas du jeune Etat, et ces problèmes, ne les lui a-t-elle pas légués non résolus ? Il suffit, en outre de regarder la carte pour voir que le Cameroun est inséré comme une clef de voûte dans l’édifice africain de la communauté. »

Il ressort de cette thèse que la France crée et lègue au Cameroun ce qu’elle appelle le problème bamiléké et que le destin politique du Cameroun est organiquement lié à la solution de ce problème. Nous y apprenons aussi que notre pays est au cœur du dispositif stratégico-politique du pré carré français.

 

THESE 2 :

« En fait, les Bamiléké forment un peuple. Il suffit pour s’en convaincre de considérer leur nombre, leur histoire, leur structure sociale et leur dynamisme. Qu’un groupe homogène de populations nègres réunisse tant de facteurs de puissance et de cohésion n’est pas si banal en Afrique Centrale ; au Cameroun, du moins, le phénomène bamiléké est sans équivalent ».

Cette thèse est à coup sûr au fondement de ce qu’on a appelé la volonté hégémonique des Bamiléké. Elle suggère par les attributs de puissance dont elle dote la communauté, l’idée d’un peuple élu, sûr de lui et dominateur.

 

THESE 3 :

« L’histoire obscure des Bamiléké n’aurait d’autre intérêt qu’anecdotique si elle ne révélait à quel pointce peuple est étranger au Cameroun. Le gros de la population camerounaise appartient sans aucun doute au groupe bantou ; pour les Bamiléké, c’est moins sûr. En l’absence d’une enquête approfondie, force est de se référer à des travaux fragmentaires souvent contradictoires. Mais un point, au moins, échappe à la controverse : vers la fin du XVII siècle, le peuple Bamiléké glissait lentement des régions du Bornou au Nord-Est de l’actuel Nigeria – vers les massifs camerounais de l’Adamaoua. L’époque de son établissement sur le plateau qui porte aujourd’hui son nom est récente ».

L’enjeu idéologico - politique de  cette thèse est immense. Elle suggère qu’au sein de la communauté nationale, le peuple bamiléké est étranger. Il n’est pas chez lui.

Ce destin d’étranger est lourd des conséquences politiques  dont la plus extrême peut conduire à l’exclusion sous sa forme brutale et violente. Le statut de puissance du peuple bamiléké se double de celui d’étranger. Double fardeau !

 

THESE 4 :

« Le pays bamiléké est à l’heure actuelle un guêpier que l’on ne sait par quelle face il convient, il est possible de le saisir ». Et le Colonel d’ajouter comme pour suggérer un espoir : « Pour le CAMEROUN d’aujourd’hui pourtant, tout dépend de la solution du problème bamiléké ».

Le traitement de la question Bamiléké s’achève dans le discours du Colonel Lamberton par l’évocation d’une figure métaphysique : l’angoisse qui hante la conscience historique camerounaise.

 

THESE 5 :

« Plongé prématurément peut-être, dans l’exercice de la souveraineté, le Cameroun découvre, sur le plateau bamiléké des angoisses qui jusqu’à présent lui avaient été épargnées »

 

THESE 6 :

« Tels sont les quelques-uns des problèmes qui, plus ou moins, motivent les désastres sanglants (…) mais, en outre, risquent d’entraîner le Cameroun et la France qui lui apporte son aide, dans les aventures intérieures et dans des complications extérieures inquiétantes ».

Destin posthume de l’œuvre du Colonel Jean Lamberton 

 

Quel a été le destin historique et posthume des thèses du Colonel Jean Lamberton ? Ces thèses se sont déployées et développées au sein de cinq foyers idéologiques, politiques, philosophiques, militaires, religieux. A chacun de ces foyers l’histoire devra retenir des noms et des voix qui l’expriment. 

 

·        Foyer philosophique.

 

Il est revenu au philosophe Hubert Mono Ndjana d’être la figure et la voix extrême de ce foyer.

Le philosophe Mono Ndjana écrit notamment : « L’ethnofascisme, c’est la volonté de puissance d’une ethnie, ou l’expression de son désir hégémonique qui prend soit la forme du discours théorique, soit celle d’une mêlée ouverte dans la polémique, soit celle d’une organisation systématique sous la forme d’un mercantilisme conquérant »

 

·        Foyer de l’Eglise Catholique 

 

Le clergé de Douala écrit : « Pour une plus grande maîtrise de la puissance financière, il faut maîtriser le pouvoir politique. L’alliance des puissances d’argent avec l’homme bamiléké est donc orientée, pensons-nous, vers la conquête du pouvoir politique au Cameroun et par conséquent des points stratégiques du territoire national.

La mainmise sur le siège archiépiscopal du processus de Bamilékisation de la hiérarchie tend naturellement vers la prise du pouvoir politique.

Le Nord est pratiquement conquis, l’Est aussi, l’Ouest déjà. Il ne restait que le Littoral, c'est-à-dire Douala, et la boucle est bouclée » (Clergé de l’Archidiocèse de Douala. Mémorandum à l’attention de leurs Excellences. Fait à Douala le 16 Mars 1987).   

Le Cercle Clavis de Yaoundé du Dr. Simon Pierre Tchoungui, Florent Etoga Eily et François Xavier Elle Ntonga, soutient le clerc de Douala et dénonce ce peuple élu et arrogant qu’est selon eux, la communauté bamiléké : « Oui, le clergé de Douala a raison, quand il prend à partie ces hommes d’Eglise qui affirment avec une assurance déconcertante que Rome doit aller vite en besogne pour que l’Eglise ne soit pas en retard. L’illustration pratique d’une politique bâtarde, selon laquelle quelque groupe ethnique serait prédestiné à assurer les responsabilités du pouvoir politique, et qu’il faudrait, pour que s’accomplisse ce dessein providentiel, que les chefs de l’église locale appartiennent absolument à ce peuple élu »

 

·        Foyer politique

 

Jean Jacques Ekindi, polytechnicien et homme politique s’affirme comme acteur et théoricien de cette littérature de haine contre la communauté bamiléké.

La marche anti- bamiléké des chefs Supérieurs Sawa le 10 février 1996 a produit deux séries d’événements dont l’un est la constitution d’un mouvement baptisé KOD’ A MBOA SAWA et l’autre la promotion, à travers certains journaux ( La Détente , Le Défi, Le Patriote, Galaxie, Elimbi),d’une littérature politique. La combinaison de ces deux événements forme un bloc politico- idéologique à la tête duquel est placé Jean-Jacques Ekindi. Voici la thèse centrale et programmatique de ce mouvement.

 « Il y a lieu de préciser que notre mouvement n’est pas un parti politique en tant que tel. D’autres minorités entendent coopérer avec la communauté sawa, notamment dans la lutte contre la protection des minorités et  la sauvegarde de leur identité et de leur patrimoine. Notre groupe KOD’A MBOA SAWA accueille favorablement ces sollicitations  destinées à renforcer le groupe des minorités (…) une résolution du groupe sawa demande à Jean-Jacques Ekindi d’approcher les autres leaders d’opinion sawa. Il s’agit notamment d’EBOUA Samuel, YONDO Marcel et NJOH LITUMBE afin qu’ils s’unissent et créent un cadre approprié pour mieux défendre les Sawa face aux dangers qui les menacent »(KODA  MBOA  SAWA, bulletin de liaison N°001, BP 2500 Douala, Tel : 430472)   

Le Bamiléké constitue cette menace aux yeux de ce mouvement. D’où l’urgence pour la communauté sawa d’avoir un Maître, un père sévère qui préserve son espace vital. Jean-Jacques Ekindi devient ce Maître. 

 « Il est donc évident que le désarroi, la revendication de la minorité Sawa et de toutes les autres n’obéissent à aucun suivisme politique. Que la révolte déchaînée n’a pas le temps de trouver ou de se donner un Maître (…). Il est temps pour les Sawa de resserrer leurs rangs pour la préservation de leur espace vital » Espace vital ! Voilà l’expression brutale et achevée de cette littérature de haine et d’hostilité à l’endroit de la communauté bamiléké.

Un texte historique par son ampleur en tant qu’il remet en question de façon brutale les mythes fondateurs de l’Etat camerounais, du peuple camerounais, de la nation camerounaise en construction achève l’aventure idéologico politique du mouvement sawa qu’incarne l’homme politique Jean-Jacques Ekindi.

 

En effet, C’est au sein de ce qu’on a baptisé le mouvement de protestation sawa que s’inscrit dans toute sa radicalité l’effondrement des mythes fondateurs de l’Etat camerounais. Rien n’exprime mieux cette mise en question radicale et brutale que ce texte du journal LA DETENTE qui rend compte d’une réunion tenue le 10 Mai 1996 à Limbé, qualifiée de RENDEZ-VOUS DE L’HISTOIRE et avec pour thème : UNE STRATGIE COMPACTE, SOLIDAIRE ET AGRESSIVE. Le journal note : « Au cours de cette réunion, la communauté sawa a affirmé que l’avènement d’un désastre est souvent à l’origine de réveil d’un  peuple. L’extermination juive sous le régime hitlérien a accouché en 1948 de l’Etat d’Israël : ceci a définitivement mis un terme à la qualification de peuple errant attribuée à cette nation nomade. Dans le Pakistan, formule originelle, la persécution des autorités d’Islamabad à l’endroit du peuple Bengali au Pakistan Oriental avait donné lieu à la naissance d’un Etat, le Bangladesh en 1971.

            L’histoire foisonne de ces exemples où les entités nationales sont obligées de se recomposer et de se ressouder lorsque leurs droits à l’existence, leur survie même sont menacés. L’arrogance inadmissible de l’électorat SDF et de leurs élus qui ont été les premiers à marquer d’un cachet décidemment ethnique leur victoire électorale dans la plus grande métropole de tous les Camerounais qu’est la ville de Douala, aura eu l’effet positif de rappeler au peuple sawa les règles de jeu appliquées par certains nationalistes dans la construction du Cameroun : le principe de l’espace vital.

Aussi, de Campo à Idabato, du pays babimbi à la plaine des Mbo, la trompette de l’irrédentisme Sawa a été embouchée à la suite de l’irrespect des notions élémentaires de l’hospitalité que manifestent certains allogènes à l’endroit de ceux qui leur ont gratuitement offert un gîte il y a près d’un siècle.

Il aura fallu l’insolence irresponsable de quelques expansionnistes bamiléké pour que la cohabitation pacifique qui a toujours existé entre Bamiléké et Sawa soit aujourd’hui l’objet d’une remise en question. Nous l’avons dit, il y a de cela quatre mois, nous le confirmons aujourd’hui, le décor du Rwanda est déjà planté au Cameroun : le système d’ignition de la mèche a été actionné depuis janvier 1996 et les barils de poudre seront peut-être atteints dans quelques jours. Lorsqu’un gigantesque holocauste aura rectifié les statistiques démographiques de certaines provinces, l’on comprendra certainement, avec l’aide des chiffres qu’une coexistence inter-ethnique sereine est beaucoup plus proche de la réalité démographique que de la dictature de la majorité. En effet, le pétrole, les meilleures terres de ce pays, l’énergie électrique et trois débouchés maritimes : Limbé, Douala, Kribi sont des arguments suffisants pour exiger l’éclatement du Cameroun en Etats où se regrouperaient les peuples qui ont une même origine, une culture commune et un destin commun. L’absence de convergence d’intérêts et de culture au sein de différentes ethnies camerounaises doit rendre chaque tribu entièrement responsable de son destin ».

Que reste-t-il  des concepts d’Etat, de Nation, de Peuple, de territoire national après la lecture d’un tel texte ? Rien. Ce texte idéologico-politique introduit une rupture, une brisure, une cassure et une interruption dans la chaîne de ces concepts historiques. Il baisse, ruine leur influence dans notre conscience nationale. De là notre question : que pense le Président de la République de ce texte qui remet en question dans une radicalité extrême et brutale la mission, le devoir et le droit que lui ordonne la LOI FONDAMENTALE de notre pays ?

Le Président de la République est-il au courant du déploiement d’une telle littérature ? Telle est la question radicale qu’il faut poser. En tout état de causes, cette littérature tribalo-raciste est une mise en question fondamentale des attributs que sont ceux du Magistrat suprême du pays. De là la responsabilité historique du Président de la République dans la promotion  et la diffusion d’une doctrine qui ruine l’unité organique de l’Etat, de la Nation et du Peuple.

En effet, que dit et que fait cette littérature tribalo-raciste ? Elle dit publiquement que les mythes fondateurs sur lesquels nous avons vécu jusqu’ici sont historiquement dépassés et que le compromis historique qui a justifié la coexistence pacifique de différentes composantes ethniques camerounaises est désormais caduc. D’où il suit que chaque groupe ethnique est fondé à créer son espace vital et à le défendre. De là, cette Déclaration du 15 Juin 1996, faite à Douala par les Chefs Traditionnels du Grand Sawa et où on peut lire :  

On y élabore une doctrine de défense de l’espace vital d’où il faut expulser la communauté bamiléké devenue allogène.

 « Considérant que tous les Sawa sont des descendants directs des peuples qui ont créé les localités qui se situent dans les terres actuelles des régions du Littoral et du Sud-Ouest, une partie des régions du Sud, du Centre et de l’Ouest, et ce, avant les différents invasions, la colonisation européenne et la formation de l’Etat du Cameroun,

Considérant encore qu’une partie de ces terres est habitée aujourd’hui par les ALLOGENES venant d’autres régions du pays, et ce, pour différentes raisons dont la plus marquante est la politique d’intégration nationale pratiquée depuis le lendemain de l’indépendance,

Considérant aussi que ces allogènes sont devenus dominants par le nombre sur certaines parties de notre terroir, et que cette situation commence à rendre certains d’entre eux exigeants et insolents,

Considérant enfin que l’occupation d’une terre ne saurait conférer le DROIT au terroir,

Déclarons solennellement que le problème le plus préoccupant du peuple indigène Sawa est la menace organisée contre notre survie collective par la section étrangère GRAFI au sein même des communautés Sawa. »  (Déclaration du 15 Juillet 1996, Galaxie, N°191 du 17 Juin 1996).

 

·        Foyer politico-militaire.

Ici, il est revenu au Général Asso’o  d’en être l’animateur. Et cela dans un contexte dominé par la lutte contre la corruption devenue un enjeu majeur pour le Président dela République

, Paul Biya. Le Président déclare en effet, « Mais il y a plus grave, je veux parler de la corruption que j’ai souvent dénoncée mais qui continue de sévir. Il y a également une totale incompatibilité entre les efforts que nous déployons pour faire reculer la pauvreté et l’enrichissement scandaleux de quelques-uns. Le détournement des fonds publics se fait, faut-il le rappeler, au détriment de la communauté nationale. Je voudrais aujourd’hui dire très solennellement qu’il faut que cela cesse. »(Message de fin d’année du 31 Décembre 2005).

Une catégorie émerge du discours présidentiel : quelques-uns. Cette catégorie subsume la corruption sous sa forme extrême. Elle incarne aux yeux du Chef de l’Etat la corruption absolue. Dans la logique du discours du Général Asso’o, cette catégorie, ces quelques-uns ce sont les Bamilékéqui ont tout et qui volent tout. Ici se révèle le caractère haineux et belliqueux du discours du général Asso’o. De là, notre thèse : Avec ce discours, est mis en place un mécanisme du bouc émissaire. Le Bamiléké en est l’incarnation absolue.

 

Que dit le Général Asso’o ?

« Pourquoi dit-il, voulez-vous forcer la main au Président de la République  ? S’il faut arrêter Ondo Ndong, il faut aussi arrêter Niat Njifenji, Yves Michel Fotso . Ils ont volé plus que Ondo Ndong »(Général Asso’o, interview au journal Nouvelle Afrique N° 160 du 15 Septembre 2005 ; voir aussi Le Messager N°2005 du 14 Novembre 2005).

 

Pour le Général Asso’o, Niat  Njifenji et Yves Michel Fotso constituent les figures et les formes extrêmes de la corruption. Ils incarnent la communauté bamiléké. Le Général déclare avec fermeté :« Les Bamiléké ont tout et volent tout »

 

 

·        Foyer des passions ethniques 

 

Amadou Ali incarne ces passions dans leur exacerbation. Avec Amadou Ali nous assistons à la montée aux extrêmes des passions ethniques posées comme système de gestion politique. Amadou dans une confidence à l’Ambassadeur des Etats-Unis et rapportée par Wikileaks affirme : « Les trois régions septentrionales vont continuer à apporter leur soutien à Biya aussi longtemps qu’il souhaitera demeurer Président, mais le prochain Président du Cameroun ne viendra pas de l’ethnie Béti/Boulou. Les Bétis sont trop peu nombreux pour s’opposer aux Nordistes, encore moins au reste du Cameroun. Des Bamilékés ont fait des ouvertures à des élites du Nord pour forger une alliance entre leurs deux régions respectives, mais les Nordistes étaient si méfiants sur les intentions des Bamilékés qu’ils ne concluraient jamais une alliance pour soutenir un pouvoir politique Bamiléké ». Plus précis encore, Amadou Ali ajoute : « Dans une récente discussion de grande envergure, et franche avec l’Ambassadeur, Ali a déclaré que l’équation de la stabilité du Cameroun repose sur les variables de détente entre le groupe ethnique Béti/Boulou de Biya, majoritaire dans la région du Sud du Cameroun et les populations des trois régions nordistes, connues comme le Septentrion qui sont ethniquement et culturellement distinctes du reste du pays. Le Septentrion soutiendra Biya aussi longtemps qu’il voudra rester Président […] mais n’acceptera pas un successeur qui soit un autre Beti/Boulou, ou un membre du groupe ethnique Bamiléké aux puissantes assisses économiques ». 

Amadou Ali, par son entendement théorique et pratique constitue cette figure de pensée qui manifeste la fin d’un cycle historique où les forces qui l’ont animé sont biologiquement, intellectuellement et historiquement épuisées. Nourries par des passions ethniques et ethnicistes, elles sont sommées d’avoir à quitter la scène historique, de gré ou de force, pour laisser place à des nouvelles forces historico-politiques, puisant leur énergie dans des passions politiques, nourries aux sources d’un patriotisme exigeant et intransigeant et vouées à la réalisation du panafricanisme éthique, philosophique, politique et monétaire. Ces forces politiques existent ici et maintenant. Elles sont subsumées sous le concept de jeunesse pensée comme négation déterminée, comme négation résolue et négation affirmée. C’est la négation totale et brutale de l’Etat néocolonial dont Monsieur Amadou Ali est une des figures centrales. Les mots d’ordres programmatiques qui doivent guider en théorie et en pratique cette jeunesse sont prescrits par notre hymne national qui ordonne :

 

 

                    O Cameroun berceau de nos ancêtres.

 

[…] Nous travaillons pour te rendre prospère.

 

[…] De l’Afrique sois fidèle enfant.

 

Telle est l’alternative qu’il faut opposer aux idées de Monsieur Amado Ali  qui est bercé et nourri par les passions ethniques dont la montée aux extrêmes conduit à cette figure tragique qu’est la guerre civile. 

La communauté nationale est hantée par cette guerre civile dont le peuple bamiléké est posé comme victime expiatoire potentielle en attendant le grand massacre.

Le philosophe Fabien Eboussi nous prévient dans un de ses ouvrages de philosophie politique intitulé : (La Démocratie de Transit au Cameroun éd. l’Harmattan Paris 1997 P. 331-332) Le philosophe écrit : « Le problème bamiléké est le second à recouvrir un autre cadrage susceptible d’en faire progresser la résolution, en déplaçant pour le mettre dans le contexte plus propice. La force du Social Democratic Front est d’avoir représenté objectivement un tel espoir. Pourquoi et comment ? Qu’est-ce qui fait problème ? Au niveau psychosociologique, il prend la forme d’un nœud constitué de craintes et de ressentiment antithétiques et contradictoires. D’un côté, les ethnies diverses expriment leur crainte de la puissance économique et financière des Bamilékés […]. Dès lors, la dernière ligne de défense c’est le pouvoir exécutif. Si cet ultime bastion tombait ce serait comme à la rupture d’un barrage, un déferlement qui dévasterait tout sur son passage : les autres groupes, mais aussi les institutions du bien commun. Car la réussite bamiléké ne se fait pas sans désordre ni déstabilisation, sans contournement des règles du jeu en vigueur […] L’envie, la recherche d’alibis, et des boucs émissaires se nourrissent d’à-peu près, de stéréotypes paresseux. Il n’empêche que ces peurs et ces rancœurs, fondées ou non, ont pour effet de susciter une coalition hétéroclite qui a pour objectif de les tenir éloignés du pouvoir suprêmeLeur seule existence est un problème politique»L’accès du Bamiléké au pouvoir politique d’Etat l’expose donc au massacre dont la figure historique est le génocide. Pensée comme totalité historique indifférenciée, la communauté Bamiléké est vouée à la mort collective. Le philosophe politique Eboussi Boulaga note. « Un sophisme qui est une naturalisation, une réduction au statut d’objets qu’on peut vouer à la destruction sans remords […]. La crainte du pillage de ses biens, du lynchage, de mille petites exclusions quotidiennes avant le grand massacre s’installe dans les esprits et les conduites ».

Tel est le destin tragique qui guette la communauté bamileké vouée à la haine ethnique. Les auteurs et les acteurs de cette littérature de haine tenue et têtue sont historiquement connus. Leur responsabilité historique est engagée.

A l’école philosophique, historique et éthique de notre maître, le savant et historien Cheikh Anta Diop, nous avons appris que les passions ethniques exacerbées débouchent historiquement et nécessairement sur la violence destructrice dont le génocide constitue la phase finale. Nous en prenons donc acte.

Le champ politique et historique camerounais est désormais dominé par les passions ethniques. Nous en avons identifié les foyers et les figures depuis lesquels elles se déploient. Bien qu’elles occupent les grands appareils politico administratifs et idéologico militaires de l’Etat, elles sont épuisées historiquement, mais elles peuvent dans un désarroi qui déjà se manifeste, plonger notre pays dans la guerre civile. En face de ces forces négatives, se dressent des forces positives portées par des passions patriotiques, et panafricanistes. Du Nord au Sud, et de l’Est à l’Ouest de notre pays elles se manifestent et se renforcent chaque jour davantage.  Ces forces là sont douées d’une négativité philosophique à toute épreuve. Sa tâche historique est de bâtir un nouveau corps politique, une nouvelle communauté de citoyens. Elle se fera sur la ruine des forces ethnico-tribales. La dialectique de la lutte à mort a déjà commencé. A ces forces patriotiques et panafricanistes, nous devons donner une direction géostratégique et géopolitique.

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Published by enricpatrick - dans article en français
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