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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 00:33

A ses origines, l�émergence du problème Bamiléké dans le champ politique camerounais a été placée sous le signe de la répression, et cette tendance semble même s�être figée. De fait, c�est le colonel Jean Lamberton, administrateur français spécialement chargé des maquis Bamiléké et Bassa dans le contexte de l�Indépendance qui théorise pour la première fois la question Bamiléké : �Le Cameroun s'engage sur les chemins de l'indépendance avec dans sa chaussure un caillou bien gênant. Ce caillou c'est la présence d'une minorité ethnique, les Bamiléké en proie à des convulsions dont ni l'origine ni les causes ne sont claires pour personne. Sans doute, le Cameroun est-il désormais libre de suivre une politique à sa guise et les problèmes Bamiléké sont du ressort de son gouvernement. Mais la France ne saurait s'en désintéresser. Ne s'est elle pas engagée à guider les premiers pas du jeune État et les problèmes ne les lui a-t-elle pas légués non résolus?�(5)

Cette position de Lamberton, perceptible comme une invention délibérée d'un problème Bamiléké au Cameroun aurait servi de philosophie d'action aux Français dans la rude répression des Bamiléké, massivement engagés dans le mouvement indépendantiste des années 50, répression que Kago Lélé qualifie de véritable génocide, tant les pertes en vies humaines furent importantes : �En fait de génocide, les Bamiléké en ont connu entre 1955 et 1965. Les chiffres tournent entre huit cent mille et un million de morts dans la région des Hauts-Plateaux et dans les autres villes telles Douala, Yaoundé, Sangmélima, Ebolowa, Nkongsamba�, affirme Jacques Kago Lélé. (6)

 

L�ethnie Bamiléké, originaire de la région occidentale du Cameroun est un peuple dont la forte caractéristique migratoire en a fait un peuple de diaspora, non seulement au Cameroun mais aussi au-delà des frontières nationales. D�après Jean-Pierre Warnier, s�ils peuplent le Cameroun d�entrepreneurs et s�ils sont appelés des envahisseurs, c�est qu�ils sont nombreux à migrer dans tout l�ensemble national et même dans la sous-région d�Afrique centrale : au Gabon par exemple, les transports urbains, le petit commerce, l�approvisionnement vivrier sont gérés en grand nombre par les Bamiléké (7). Cette caractéristique migratoire est pour une part due au fait que les grassfields Bamiléké sont des terres de denses peuplements. Ici on compte 69 hts/km2 contre 13 hts/km2 pour l�ensemble du Cameroun.

 

Les Bamiléké, sociétés d�épargne, sont aussi des sociétés inégalitaires, du fait des traditions restées encore très vivaces malgré la richesse et la modernité ambiante qui mettent à la disposition des entrepreneurs des instruments de contrôle de la désaccumulation. La tontine est ici un merveilleux outil de capitalisation. En l�absence de statistiques officielles, ce groupe n�en est pas moins considéré dans les analyses ethnisantes comme le plus riche du pays. Sur le plan économique, quelques chiffres illustrent l�ampleur de l�accumulation : � Déjà, écrit Warnier, lors du recensement de la population du Cameroun en 1976, les Bamiléké comptaient 58% des importateurs nationaux, 94% des boutiques des grands marchés des villes, 75% des acheteurs de cacao, 47% des grossistes industriels, 80% de la flotte des taxis, 50% du secteur informel et métiers de la rue �.(8)

 

Mais, l�auteur ajoute que si l�accumulation des grassfields est susceptible de créer des conditions d�un décollage local, les fantasmes auxquels elle donne naissance créent des tensions fortes dans la société camerounaise, du fait des enjeux politiques attribués aux richesses économiques. D�où une source non négligeable du problème Bamiléké

 

Quoi qu�il en soit, ce qu'il est convenu d'appeler depuis la colonisation la question Bamiléké est, de l'avis des observateurs, au c�ur de tout le débat ethnique au Cameroun. D�aucuns ont tôt fait de l�apparenter à la question touarègue au Niger et au Mali, à la question berbère au Maroc, à la question sérère au Sénégal. Mais, toute proportion gardée, le rapprochement n'est plausible qu'avec la question Kikuyu au Kenya. Le problème dont il s'agit ici touche à la place, le rôle, la participation et la contribution de l'ethnie Bamiléké aux affaires du pays et surtout sa position économique et politique.

 

On ne s�attardera pas ici sur les déterminations culturelles de ce problème. Mais il est important de noter que sur le plan des représentations socioculturelles des Bamiléké, il s'avère empiriquement que depuis de nombreuses décennies, les stéréotypes culturels sont restés figés, pendant que les réalités ont connu de grandes mutations.

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Published by enricpatrick - dans article en français
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